Les désherbants "naturels"

permaculture oct. 05, 2020

“Désherbage naturel : 8 astuces miracles !” “Désherbant maison : 6 recettes sans danger pour les plantes” “Désherber écolo : le vinaigre ! Puissant et économique.” “Désherber efficacement avec les produits naturels de ma maison” …

Pour ce qui est du désherbage maison, les idées ne manquent pas sur le net. Gros sel, vinaigre blanc, savon noir, bicarbonate de soude, huiles essentielles, eaux de cuisson, … Si tu cherches à éliminer un végétal, toute la toile te donnera ses conseils pour t’aider en ce sens.

Mais ces recettes de grands-mères dites “naturelles” sont-elles de bonnes idées ? Et finalement, qu’est-ce qu’une mauvaise herbe et pourquoi désherbe t’on ?

Si tu as lu mon article sur la flore bio-indicatrice tu connais mon dicton botanique préféré :

“Une mauvaise herbe est une bonne herbe dont on ne connaît pas encore l’utilité.”

Que j’ai aimablement emprunter à notre ami Gérard Ducerf, ancien agriculteur devenu formateur et éditeur de L'Encyclopédie des plantes bio-indicatrices alimentaires et médicinales. En effet, je suis de l’avis que si un végétal pousse de façon spontanée, c’est que tous les facteurs permettant la germination de sa graine et son développement sont réunis. Si l’on suit ce raisonnement, l’ensemble des végétaux de notre environnement peut nous donner un diagnostic plus ou moins précis de la structure de notre sol.

cf. La flore bio-indicatrice, si tu ne l'as pas lu c'est le moment !  

Photo par Sense sur Unsplash

Si l’on ajoute à cela le fait qu’une majorité des végétaux spontanés de notre jardin sont médicinales et/ou comestibles, il n’y a plus grand chose que l’on peut appeler “mauvaises herbes” n’est-ce pas ?

Alors, ce que l’on nomme mauvaise herbe serait un végétal qui pousse alors qu’on ne lui a rien demandé, qui pousse là ou l’on ne veut pas qu’il pousse, qui pousse à la place d’un autre, qui est envahissant, qui nuit à une potagère ou simplement que l’on ne trouve pas esthétique. Bref, un de ceux qui nous embêtent !

Lorsque l’on est de nature courageuse ou obstinée, on enfile nos gants (ou pas !) et on arrache. Encore, et encore. Mais la tâche est fastidieuse et chronophage. Alors parfois on se lasse et l’on recherche des méthodes moins contraignantes pour lutter contre ces indésirables.

Tu es sensibilisé.e à la protection de la biodiversité alors chez toi, les herbicides chimiques, c’est non ! En toute logique tu vas donc te tourner vers des méthodes dites “naturelles”, avec des produits plus respectueux de l’environnement. Tu vas te fabriquer tes petites potions maison à base de vinaigre, de savon noir, parfois de sel, etc. car “Il vaut mieux ça que du RoundUp, non ?”

Et bien, ce n’est pas si évident car tous ces produits ont une incidence non négligeable sur ton sol et tout ce qui y vit.

Le vinaigre contient de l’acide acétique, cette acidité élevée est très efficace sur les herbes tendres aux racines superficielles. Quelques gouttes diluées en pulvérisation t’apporteront des résultats rapides et, utilisé en quantité, son efficacité est équivalente aux herbicides les plus néfastes. (si, si !) Cette acidité perturbera alors grandement les micro-organismes qui mourront en grand nombre, impactant la fertilité de ton sol.

Car il faut savoir que l’acidité du sol influence la disponibilité des éléments nutritifs et conditionne l’activité des micro-organismes.

De plus, produit naturel ne veut pas dire produit inoffensif :

“Dans le cas du vinaigre, s’il contient plus de 10 % d’acide acétique, il peut causer des blessures corporelles comme des brûlures à la peau et aux yeux. Si le vinaigre atteint une concentration de 20%, il devient corrosif et peut même causer la cécité s’il entre en contact avec les yeux.”

Le sel est également une substance nocive pour la microfaune et pour le sol car il tue les vers et les lombrics qui mourront sans se reproduire. Ces vers aèrent et nourrissent constamment ton sol, leur nuire c’est nuire à tes cultures et plus largement à ton environnement. Une infime partie sera absorbée par les végétaux alentours qui brûleront totalement ou partiellement puis, cet apport ralentira voire inhibera l’assimilation des nutriments par les plantes alentours. La majorité des végétaux à proximité subiront le même sort. Ensuite, une grande partie de ta mixture sera lessivée dans le sol, et les dégâts - majoritairement invisibles -  seront pourtant inévitables. Une fois dans le cycle de l’eau, le sel continuera de perturber l’environnement. Encore moins sélectif que le vinaigre, il est donc à éviter dans ton jardin si tu souhaites le préserver.

“Le sel ne quitte pas le sol facilement et ne peut être neutralisé rapidement. Il reste dans le sol jusqu’à ce qu’il soit lessivé par l’eau. Selon la quantité de sel que vous utilisez comme herbicide, il peut s’écouler des années avant que l’eau de pluie n’enlève suffisamment de sel pour rendre le sol à nouveau viable pour la vie végétale.”

Photo de chris panas sur Unsplash

Il en va de même pour le savon noir qui est souvent ajouté dans les recettes de “désherbant maison” pour augmenter l’étalement des gouttelettes sur les feuilles. On retrouve d’ailleurs très souvent des savons dans la composition des désherbants vendus dans le commerce. Sans oublier que la composition de nombreux de ces savons est souvent mauvaise et que son utilisation au jardin finira par polluer ton sol. Le savon noir est connu pour son utilisation en tant qu’insectifuge voire insecticide, il ne nuira pas directement aux plantes mais privera ton jardin de nombreux insectes tels que les pucerons, les araignées rouges et les thrips qui peuvent sembler être des ennemis mais qui constituent surtout un met de choix pour de nombreux auxiliaires !

Lutter contre un insecte “ravageur” c’est empêcher la venue de son prédateur. Et souviens-toi, en permaculture on recherche l’équilibre proie/prédateur. Si tu tues les pucerons sur ton rosier, l’an prochain ils reviendront, puis l’année suivante et encore, … Tu viens de te lancer dans une lutte sans fin. Alors que si tu laisses les pucerons s'installer, les prédateurs de ce dernier viendront les réguler naturellement. Il faut plutôt chercher à accueillir un maximum d’individus, ravageurs ou non, pour tendre vers une résilience et donc un équilibre naturel. Et cela passe parfois par l’acceptation de la perte d’une partie de tes cultures. Mais crois-moi, cela en vaut la peine !

Travailler avec la Nature, plutôt que contre elle.

Pour ce qui est des huiles essentielles, leur utilisation au potager me semble être un non-sens écologique. Extrêmement polluantes à la production, non miscibles dans l’eau ces huiles sont précieuses et doivent être utilisées avec connaissance et parcimonie. Les huiles essentielles sont des produits puissants, qu’il faut utiliser avec précaution. Ce sont des produits de soin, l’avis d’un.e professionnel.le de santé est indispensable, raison de plus de ne pas en faire usage au potager.

Le bicarbonate de soude, est considéré comme un fongistatique c’est-à-dire qu’il inhibe la progression des champignons et maladies cryptogamiques*. Cela fait de lui un “allié” apprécié des jardiniers.ières écolo. Là où il est dangereux c’est dans le dosage, car utilisé en quantité c’est un herbicide et insecticide non-sélectif puissant. Contrairement au sel il se dégrade mieux dans le sol mais cause des dégâts irréversibles sur les feuilles et les fleurs s’il entre en contact avec elles. Il est utilisé à la maison comme détachant, dégraissant et nettoyant écologique car sa toxicité est très faible, mais dans un jardin permacole très faible c’est déjà trop.

Photo de moto moto sc sur Unsplash

L’eau bouillante quand à elle est évidemment non sélective, et en fonction de sa température elle balaiera tout sur son passage, animaux, végétaux, champignons et bactéries. De loin la moins nocive, elle représente tout de même un herbicide, fongicide et insecticide puissant lors de son application et les dégâts en profondeur peuvent être importants si tu en abuses.

Mais alors que reste-il pour désherber ? Et bien, c’est simple. Tes mains ! Voilà la seule et unique façon de désherber si tu tiens absolument à le faire.

Mais plutôt que d’arracher un végétal que tu ne veux pas voir, peut-être pourrais-tu d’abord l'empêcher de germer ?

Un bon paillage carboné privera le sol de lumière et empêchera donc les graines de pousser. Des végétaux ornementaux peuvent prendre la place des indésirables dans tes allées ou bordures. Peut-être même qu’après avoir appris à reconnaître les très nombreux intérêts de laisser la flore spontanée et les insectes s’installer, tu ne voudras plus lutter contre. Encore mieux, tu travailleras avec !

Pratia tapissante - pratia pedunculata

Attention, je ne dis pas de ne jamais intervenir. Cependant, je pense qu’un peu de réflexion avant chaque action au jardin est toujours bénéfique.

Quelle est cette plante et que m’indique-t-elle ? Pourquoi je la désherbe ? Est-ce utile ? Est-ce bénéfique ?

N’oublie jamais qu’en permaculture, l’observation et la réflexion sont primordiales pour bien agir.

Ce qu’il faut retenir :

  • Désherber est une action tout à fait dispensable !
  • Les "recettes naturelles" ont un impact néfaste sur ton environnement.
  • Apprends le non-agir et réfléchis plus pour agir moins !
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