Les buttes de culture

permaculture mai 07, 2020

Technique phare de la permaculture, la culture sur butte à le vent en poupe ! Découvrons ensemble ses avantages et inconvénients.

Bien que la culture sur butte soit sous les feux des projecteurs ces dernières années, avec l’avènement de la permaculture et du maraîchage bio-intensif, c’est une technique très ancienne. En effet, celle-ci nous vient d’Amérique Latine où elle était très utilisée bien avant la colonisation espagnole du XVe siècle. Cette méthode de culture est aussi observée en Afrique, en Asie et en Australie. Voilà qui tord assez radicalement le cou à l’idée reçue que l’on retrouve un peu partout sur le net disant que c’est une nouvelle technique à la mode !

Comme dans chaque méthode de culture, et particulièrement en permaculture, tout est une question de contexte.

Il existe d’ailleurs de nombreuses buttes différentes, avec bordures ou sans, avec enfouissement de bois ou non, plus ou moins hautes, plus ou moins larges, … La culture sur butte peut donc prendre de multiples formes, en fonction des lieux, des jardiniers et des besoins.

La butte Hugelkultur fut démocratisée par Sepp Holzer, pionnier de la permaculture autrichienne ; c'est celle que l'on voit maintenant partout ! Elle à fait ses preuves, mais reste controversée de part sa mauvaise application par certains néophytes.

Elle est aussi appelée butte auto-fertile car sa conception est basée sur la décomposition lente de matières organiques au cœur de la butte ; pour alimenter en nutriments les plantes cultivées sur sa surface. Le bois, élément central de la butte, servira d’éponge en conservant l’humidité des arrosages et des pluies sur le long terme et favorisera l'apparition des champignons mycorhiziens. Parce que c’est une butte visant à être permanente son installation est gourmande en ressources (matières, temps, énergie, …). Sepp Holzer recommande de décaisser son sol sur 70 cm en sol sableux, 30 cm en sol équilibré et de ne pas décaisser en sol humide, pour éviter les excès d’humidité.

Contrairement à ce qu’on peut lire parfois, la culture sur butte peut être très pertinente en fonction de votre potager. Encore faut-il bien connaître son environnement et concevoir sa butte de manière intelligente.

C’est quelque chose qui s’étudie minutieusement. Sepp Holzer a ainsi permis à de nombreux amateurs et professionnels d’obtenir d’excellents rendements sur des sols très pauvres, très dégradés et dans des conditions totalement défavorables au maraîchage.

Photo de Meghan Schiereck sur Unsplash

Découvrons maintenant les avantages de la culture sur buttes.

D’abord, elle sera un espace de culture qui ne sera jamais piétiné (il en va de même pour les bacs surélevés d’ailleurs !) Permanente ou non, cette zone de culture bien délimitée est donc simple à ne pas piétiner, évitant considérablement le tassement du sol pouvant être provoqué par les travaux et passages au potager.

Rappelons qu’en permaculture la culture en lasagne est considérée comme une culture sur butte.

Ce tassement est néfaste, tu t’en doutes, il étouffe la vie microbienne et peut provoquer des saturations en eau dans les sols naturellement lourds, humides ou argileux. Dans ces cas ci, la butte offre alors un meilleur drainage de ta zone de culture. On sait qu’une stagnation de l’eau entraîne le pourrissement des racines. L’origine des buttes nous prouve parfaitement la recherche d’un meilleur drainage, car en Amérique Latine, elles étaient mise en place en plaines inondables ou autour de lacs. Cette surélévation du sol permet également de donner plus de place aux racines, qui plus est, dans une terre meuble. La santé et la résilience des plantes sont directement liées à la robustesse de leur système racinaire, il leur offrira d’abord un meilleur ancrage et leur permettra également d’accéder plus facilement à l’eau et aux nutriments indispensables à leur développement.

Dans une butte de permaculture, le sol n’est pas labouré et même très peu - voire pas du tout - travaillé. Si ce n’est lors de sa mise en place (particulièrement au moment du décaissement) la vie du sol n’est donc que très rarement perturbée. Ce qui offre un avantage incontestable aux micro-organismes qui pourront se développer sans contraintes.

En effet, je pense ne rien t’apprendre en te disant qu’un labour profond supprime complètement les strates naturelles du sol, enfouissant ce qui doit être à l’air et mettant à vue ce qui doit être enfouie. De nombreuses bactéries indispensables à la fertilité de ton sol vont donc mourir lors du labour, leurs conditions de vie n’étant plus réunies. La culture sur butte favorise donc la vie du sol par cette absence de travail de la terre.

En l’absence totale de labour, les champignons mycorhiziens feront leur apparition. Ce sont des alliés de taille pour tes cultures. Ces champignons entrant en symbiose avec de nombreuses plantes ; tout ce petit monde procèdera alors à des échanges favorables à l’un comme à l’autre. Les champignons apporteront plus de nutriments à la plante tels que le phosphore ou l’azote (et bien d’autres) et la plante fournira du glucose que celle-ci produit lors de la photosynthèse. Un exemple magnifique de symbiose !

Aussi, la butte surélevée augmente la surface de culture, elle peut donc présenter un avantage certains dans les petits espaces, et oui !

Autre avantage que je trouve non négligeable avec le fait de surélever ses cultures est la préservation de son dos. L'âge, les métiers physique ou au contraire la sédentarité et plus largement les aléas de la vie, font que notre dos souffre souvent. Le préserver en travaillant son potager en hauteur peut être un gros atout pour certains jardiniers.

Photo de Tania Malréchauffé sur Unsplash

N’oublions pas, qu’au coeur des principes de la permaculture, nous retrouvons celui de prendre soin des Hommes, et cela passe complètement par le fait de préserver sa santé physique.

Avec la butte, nous pouvons envisager aussi le fait d’avoir une saison de culture plus longue. La terre étant surélevée elle se réchauffe plus vite et profite plus des rayonnements du soleil qu’un jardin plat. Elle nous permet donc de cultiver plus tard dans la saison pour les mêmes raisons. Son système de bordure et de surélévation permet également la création de micro-climats, à très petites échelles.

Je m’explique !

Au sommet de la butte ou les rayonnements et le drainage sont importants, les légumes craignant l’humidité et nécessitant de longues heures d’ensoleillement se plairont ; comme les aubergines, les poivrons, les tomates, … Alors qu'au sud de la butte, si l’orientation de celle-ci permet la création de zones ombragées, d’autres légumes aux besoins différents seront à leur avantage, comme les épinards, les laitues, etc. …

Si tes planches de cultures disposent de bordure c’est également un atout, les bordures sont toujours des nids de biodiversité. Favoriser l’effet de bordure est très souvent mis en avant en permaculture. Il est assez facile de comprendre qu’elles accueillent de nombreux habitants pouvant ainsi profiter des avantages des deux milieux.

Et bien, ces buttes de culture c'est l’idéal finalement ?

Attention, ne nous emballons pas. Tout est question de contexte, ne l’oublies jamais. La butte de culture peut-être très pertinente, néanmoins, sa mise en place mérite réflexion car ces installations ne sont pas sans inconvénients.

Tout d’abord, pensons à sa mise en place. Mise à part les lasagnes ou les buttes en bottes de paille, la réalisation d’une butte surélevée ou d’une butte permanente qui nécessite du décaissement demande beaucoup de ressources. En temps, en énergie et en matières. Dans la très grande majorité des cas, ce travail se réalisera à la force des bras, alors mieux vaut bien réfléchir avant de se lancer ! Ensuite, sa durée de vie dépendra de beaucoup de facteurs, mais l’entretenir sera indispensable. Le compostage de surface est l’allié de la butte permanente car il permettra de nourrir la vie du sol et de favoriser la création d’humus.

Aussi, la rotation des cultures ne doit pas être négligée lorsque l’on cultive sur des espaces bien délimités comme les buttes. Pense à noter les emplacements de tes cultures d’une année sur l’autre pour ne pas épuiser ton sol et limiter les attaques des ravageurs.

Il faut bien comprendre que la butte n’est pas l’objectif ultime, tu peux parfaitement pratiquer la permaculture mais n’avoir aucune butte au jardin. Si tu réalises une butte sans y réfléchir ce peut être un travail totalement contre-productif. Si ton potager est déjà de nature sèche, la butte ne fera qu’accentuer cette contrainte. Il en va de même si tu es très exposé aux vents, les végétaux sur la butte seront grandement freinés dans leur développement s’ils sont trop souvent soumis aux vents. Dans des contextes comme ceux-là, la butte ne fait qu’agrandir des problématiques déjà présentes.

Ce qu’il faut retenir :

  • La butte de culture présente de nombreux avantages, c’est pourquoi elle est très plébiscitée aujourd’hui dans le petit monde de la permaculture.
  • Tout est une histoire de contexte, avant de reproduire des méthodes de culture étudie rigoureusement ton environnement.
  • Les buttes de cultures ont de nombreuses formes et compositions différentes, il n’existe pas un seul modèle de butte idéale.

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