La flore bio-indicatrice

permaculture avr. 17, 2020

Mauvaise herbes, adventices ou flore bio-indicatrice ? Pourquoi changer son regard sur la flore spontanée et les herbes sauvages ?

Si je voulais vous donner mon avis au sujet de ce que l'on appelle les mauvaises herbes, je commencerai par vous citer Gérard Ducerf - ancien agriculteur devenu formateur et éditeur de L'Encyclopédie des plantes bio-indicatrices alimentaires et médicinales - avec cette phrase :

"Une mauvaise herbe est une bonne herbe dont on ne connaît pas encore l'utilité."

Je rejoint totalement l'avis de notre cher Gérard à ce sujet. Lorsque la flore spontanée apparaît, rien n'est dû au hasard. Les conditions pour qu'un végétal prospère sont toujours bien définies : l'exposition, les nutriments disponibles dans le sol, l'hygrométrie, la texture du sol, les anciennes ou actuelles pratiques culturales, etc. ... On peut donc en déduire que lorsque un végétal apparaît spontanément, il nous donne des indications sur les propriétés du sol ou il pousse. Et comme Mr Ducerf, je part du principe que le sol étant composé de milliers de graines, certaines d'entre elles sortent de leur dormance lorsque les conditions deviennent proches de celles qui règnent dans leur « biotope primaire » c’est-à-dire leur lieu de vie originel.

Si nous prenons l'exemple de la ronce, qui a pour habitat originel les clairières et les forêts, où la matière organique végétale est abondante, elle se développe dans nos jardins quand il y a trop d’apports de débris végétaux riches en carbone.

La dénomination d'adventice plutôt que de mauvaise herbe est souvent préférée par le cultivateur. Mais quelle est réellement la différence ? Si l'on prend la stricte définition du terme adventice il s'agit de "la flore qui n'a pas été installée volontairement, elle est généralement jugée comme nuisible à la production". Encore une fois, voilà une bien triste définition de la flore spontanée uniquement traité sous l'angle de la production et de la rentabilité. Je n'utilise moi-même jamais ces termes, je parle plutôt de flore spontanée et cela me permet, subtilement, de réconcilier jardinier et herbes folles.

Photo par Jonas Weckschmied sur Unsplash

L'étude de la flore bio-indicatrice se fait tout au long de l'année, elle permet de réaliser un diagnostic de santé de son sol, rapidement et en autonomie. Cette flore nous permet d'en apprendre plus sur les caractéristiques du sol comme le pH, la teneur en argile, la pollution du sol (agricole ou industrielle), la capacité de rétention, etc. ...

Mais attention, une seule espèce ne peut pas prétendre vous donner un diagnostic complet de votre sol. Il faut que plusieurs espèces indiquent un même élément pour qu’une caractéristique du sol soit indiquée. Les plantes bio-indicatrices ont donc un rôle informatif, et tous ces éléments indiquent l'état de la vie microbienne de ton sol dont vont directement dépendre tes récoltes.

Cette vie microbienne est liée à :

  • L'EAU -> sécheresse, engorgement, phénomènes d'hydromorphisme*, ...
  • LA MATIERE ORGANIQUE -> carence ou excès/engorgement en matière végétale carbonée (C) - carence ou excès/engorgement en matière azotée (N)
  • L'AIR -> Tassement dû au travail du sol, passage d'engins lourds, excès de limons, ...

*Un sol hydromorphe est un sol saturé en eau, régulièrement détrempé. C'est un sol où l'activité microbienne diminue fortement voire disparait car trop souvent noyée, glissant dangereusement vers la stérilité. Les sols à tendance argileuse ont plus de chance de tendre vers l'hydromorphisme.

Si trop de ces éléments surviennent on risque une asphyxie du sol engendrant le blocage des éléments nutritifs et une disparition de la micro-faune du sol. C'est LA situation la plus redoutée lorsque l'on cherche à cultiver une terre. Ces sols sont souvent occupés par la renoncule rampante, la spergule des champs et/ou le plantain majeur indiquant respectivement un sol hydromorphe, un sol pauvre en matière organique et en argile et un sol tassé.

Pour résumer, l'étude de la flore bio-indicatrice te permettra d'en apprendre plus sur ton sol et de tendre vers un équilibre agronomique optimal. Un sol riche et équilibré est un sol fertile, mieux tu connais ton sol meilleures seront tes récoltes.

Pour utiliser correctement l'apprentissage de la flore bio-indicatrice, tu peux découper ton terrain en zones en fonction des plantes dominantes, tu pourras ensuite adapter tes plantations en fonction des caractéristiques de ton sol.

Mais pourquoi suis-je envahi de pissenlits ? Pourquoi ces orties reviennent chaque année même lorsque je les arrachent ? Pourquoi depuis que je paille, les ronces sont-elles revenues ?

Autant de questions que l'étude des plantes bio-indicatrices te permettra de résoudre.

Voici quelques exemples :

LE LAMIER POURPRE : Engorgement des sols en azote, provenant principalement de la pollution des pluies par les gaz industriels et automobiles. Cet azote est généralement sous des formes non disponibles et non assimilables par les plantes.

LE COQUELICOT : Brusque remontées de pH quel qu’en soit le niveau initial (acide alcalin) ; contraste hydrique ; humidité hivernale et sécheresse estivale.

Photo d'Oscar Nord sur Unsplash

LE PLANTAIN LANCÉOLÉ : équilibre en eau et en matière organique. Bonne activité microbienne.

LA LUZERNE : Richesse en bases des sols dans lequel le phosphore est généralement bloqué ; compactage important des sols limoneux : la luzerne est une très grande fixatrice d’azote de l’air et une excellente plante pour décompacter les sols.

LE PISSENLIT : Engorgement en matière organique animale (fumiers). Blocage de la matière organique par le froid. Compactage des sols riches en calcaire et en matière organique. Bon indicateur de prairie riche tant que le pissenlit n’est pas dominant, mais révélateur d’aggravation des engorgements et des compactages du sol lorsque la présence du pissenlit explose.

LE LIERRE GRIMPANT : excès de matière organique végétale, indicateur d'un sol tendant vers la forêt.

LE TRÈFLE BLANC : Richesse du sol en bases et en MO; très fort contraste hydrique.

LA VESCE COMMUNE : Richesse du sol en bases ; compactage du sol provoquant des anaérobioses avec blocage du phosphore et du potassium.

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